{"id":30964,"date":"2022-08-23T14:16:33","date_gmt":"2022-08-23T12:16:33","guid":{"rendered":"https:\/\/lr.ambaguinee.org\/?p=30964"},"modified":"2022-08-23T14:16:33","modified_gmt":"2022-08-23T12:16:33","slug":"interview-bailo-teliwel-diallo-ancien-ministre-on-navancera-jamais-si-on-ecarte-systematiquement-nos-langues-nationales-du-systeme-educatif","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lr.ambaguinee.org\/?p=30964","title":{"rendered":"INTERVIEW. Ba\u00eflo Teliwel Diallo, ancien ministre : \u00ab\u00a0on n\u2019avancera jamais,\u2026 si on \u00e9carte syst\u00e9matiquement nos langues nationales du syst\u00e8me \u00e9ducatif\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<div>\n<p>Bailo Teliwel Diallo est ancien ministre de l\u2019Enseignement sup\u00e9rieur et de la Recherche scientifique. Dans une interview -\u00e0 b\u00e2tons rompus- qu\u2019il a bien voulu accorder \u00e0 Mediaguinee, ce grand amoureux de la terre a fait le diagnostic sans complaisance de l\u2019\u00e9ducation nationale, situ\u00e9 les responsabilit\u00e9s et propos\u00e9 des pistes de solution. M. Diallo a \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9 avec pertinence la question de l\u2019introduction des langues nationales dans les programmes scolaires en Guin\u00e9e. Non sans donner son avis sur la situation socio-politique du pays. Deuxi\u00e8me partie de l\u2019interview\u2026<\/p>\n<p><strong>Mediaguinee : Beaucoup de voix comme celle de Hadja A\u00efcha Bah (ancienne ministre de l\u2019\u00e9ducation) appellent \u00e0 l\u2019introduction des langues nationales. Qu\u2019est-ce qui n\u2019avait pas march\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<figure class=\"wp-block-pullquote\">\n<blockquote>\n<p>On n\u2019avancera jamais, ni dans le pr\u00e9scolaire, ni dans le primaire, ni dans le secondaire, ni dans le sup\u00e9rieur, ni dans l\u2019enseignement technique et de la formation professionnelle si on \u00e9carte syst\u00e9matiquement nos langues nationales du syst\u00e8me \u00e9ducatif.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/figure>\n<p><strong>Ba\u00eflo Teliwel Diallo : <\/strong>Le probl\u00e8me des langues nationales, c\u2019est que d\u2019abord on ne veut pas le poser. Et l\u00e0 encore c\u2019est la question de la d\u00e9finition de la finalit\u00e9 de l\u2019\u00e9cole. On nous donne souvent l\u2019exemple des pays asiatiques qui ont r\u00e9ussi parce qu\u2019ils ont investi dans la formation du capital humain. Alors qu\u2019il y a trente ans, on \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame niveau, aujourd\u2019hui, on est m\u00eame pas sur la m\u00eame plan\u00e8te \u00e9conomique parce qu\u2019ils ont investi dans le capital humain, c\u2019est vrai. Mais je pose une question : quel est le pays asiatique, quel est le pays d\u00e9velopp\u00e9 au monde qui enseigne dans une langue \u00e9trang\u00e8re \u00e0 sa nation, lequel ? On occulte cette question. M\u00eame dans les 1\u00e8res classes du primaire, en Guin\u00e9e, on ne veut pas enseigner dans les langues nationales. M\u00eame au pr\u00e9scolaire, si tu demandes aux parents, aux encadreurs, aux propri\u00e9taires des \u00e9coles du pr\u00e9scolaire, on motive l\u2019inscription des enfants en disant : ici , on apprend le fran\u00e7ais, on apprend m\u00eame l\u2019anglais. Mais on n\u2019apprend pas \u00e0 l\u2019enfant \u00e0 s\u2019exprimer oralement et de fa\u00e7on \u00e9crite dans sa langue. On n\u2019avancera jamais, ni dans le pr\u00e9scolaire, ni dans le primaire, ni dans le secondaire, ni dans le sup\u00e9rieur, ni dans l\u2019enseignement technique et de la formation professionnelle si on \u00e9carte syst\u00e9matiquement nos langues nationales du syst\u00e8me \u00e9ducatif. Je n\u2019ai pas dit de mettre la langue nationale \u00e0 tous ces niveaux l\u00e0, mais, la porte d\u2019entr\u00e9e de l\u2019apprentissage, de l\u2019\u00e9ducation, la porte d\u2019entr\u00e9e de l\u2019\u00e9mancipation de l\u2019\u00e9l\u00e8ve, de l\u2019\u00e9ducation de l\u2019enfant, c\u2019est sa langue. C\u2019est son expression orale, son expression \u00e9crite. Est-ce que vous avez entendus nos enfants chanter l\u2019hymne national ? Est-ce que vous croyez vraiment qu\u2019ils savent de quoi ils parlent ? J\u2019ai fait une exp\u00e9rience en p\u00e9dagogie active : un jour, on est all\u00e9 dans une \u00e9cole \u00e0 For\u00e9cariah. On a demand\u00e9 \u00e0 un enfant qui \u00e9tait en 2\u00e8me ann\u00e9e du primaire de raconter une histoire pour ses camarades ; on l\u2019a laiss\u00e9 s\u2019exprimer totalement, et donc dans sa langue maternelle, car \u00e0 ce niveau, il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019acqu\u00e9rir des aptitudes en expression \u00e9crite et orale. il a dit, en soussou : \u00ab le dimanche pass\u00e9, j\u2019ai accompagn\u00e9 mon p\u00e8re au champ de riz \u00bb. Et il y a un autre \u00e9l\u00e8ve qui lui demande, en soussou \u00e9galement : \u00ab comment on cultive le riz ? \u00bb Et l\u2019enfant a expliqu\u00e9 tout le processus, depuis comment on pr\u00e9pare le champ, le semis, le repiquage, comment on suit le riz en train de pousser, comment on maitrise le plan d\u2019eau, comment on attend que \u00e7a m\u00fbrisse, comment on attend que les \u00e9pis s\u00e8chent, comment on r\u00e9colte, comment on fait le battage, comment on fait l\u2019\u00e9tuvage. J\u2019\u00e9tais avec un expert fran\u00e7ais en p\u00e9dagogie active, il dit : \u00ab tu sais T\u00e9liwel, vous, \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire, vous avez d\u00e9j\u00e0 des jeunes qui sont des techniciens agricoles. Chez nous, \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire, si tu demandes \u00e0 un enfant d\u2019o\u00f9 vient le riz ? Il va dire du supermarch\u00e9 \u00bb. On ne mesure pas ce que nos enfants connaissent, \u00e0 partir de leur exp\u00e9rience dans leur milieu, et on les bloque leur expression en les obligeant, d\u00e8s la 1\u00e8re ann\u00e9e, en 2\u00e8me ann\u00e9e voire en 3\u00e8me ann\u00e9e, \u00e0 s\u2019exprimer en fran\u00e7ais. Si tu ne parles pas fran\u00e7ais, tu as z\u00e9ro, donc tu ne passes pas en classe sup\u00e9rieure. Et par cons\u00e9quent, on n\u2019utilise pas des p\u00e9dagogies permettant de passer de l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019il a dans sa langue maternelle \u00e0 une meilleure expression en fran\u00e7ais, ou dans n\u2019importe quelle autre langue. De cette fa\u00e7on, on bloque la soci\u00e9t\u00e9, on bloque les enfants et on s\u2019\u00e9tonne d\u2019avoir des r\u00e9sultats qui ne sont pas bons. Les gens disent que c\u2019est \u00e0 cause de l\u2019introduction des langues nationales dans l\u2019enseignement durant la 1ere R\u00e9publique qu\u2019il y a eu des retards ; mais, \u00e7a fait plus de trente ans qu\u2019on a abandonn\u00e9 les langues nationales \u00e0 l\u2019\u00e9cole !. Demande \u00e0 ceux qui sont pass\u00e9s par coco lala (langue nationale), \u00e0 quel niveau ils sont ? La maitrise des connaissances, l\u2019expertise technique, ils l\u2019ont. Aucun d\u2019eux ne dira que j\u2019ai fait coco lala mais pourtant je suis un tr\u00e8s bon cadre. Pourquoi il ne le disent pas afin que leur t\u00e9moignage contribue \u00e0 l\u2019\u00e9valuation, par les p\u00e9dagogues, les techniciens, les scientifiques, les sociologues ? Les guin\u00e9ens aiment politiser les probl\u00e8mes auxquels ils sont confront\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Votre choix fascine bien de personnes. De ministre, vous retournez \u00e0 la terre. Vous \u00eates propri\u00e9taire d\u2019une ferme de plusieurs hectares \u00e0 Popodara, dans Lab\u00e9. Votre reconversion a-t-elle \u00e9t\u00e9 facile ?<\/strong><\/p>\n<figure class=\"wp-block-pullquote\">\n<blockquote>\n<p>\u00a0\u00bb (\u2026) les militaires prennent le pouvoir, les gens sortent dans la rue et disent \u00e0 bas coco lala (langue nationale). Les militaires enfourchent cette expression spontan\u00e9e qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec une \u00e9valuation et liquident tout le syst\u00e8me qui \u00e9tait en place. Et on prend comme mod\u00e8le Dakar\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/figure>\n<p><strong>BTD<\/strong> : Le probl\u00e8me est mal pos\u00e9. C\u2019est que moi j\u2019avais choisi la terre avant d\u2019\u00eatre ministre. Et donc, d\u00e8s que je n\u2019ai plus \u00e9t\u00e9 ministre, je suis revenu \u00e0 mes choix. Quand je dis que j\u2019ai choisi la terre, \u00e7a ne veut dire que j\u2019\u00e9tais un paysan. Mais, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement attentif \u00e0 la question paysanne. En tant que professeur de l\u2019\u00e9conomie de d\u00e9veloppement, chef de chaire d\u2019\u00e9conomie \u00e0 Gamal, j\u2019ai voulu introduire l\u2019\u00e9conomie agricole dans les programmes pour les \u00e9conomistes, autrement dit attaquer frontalement la question de l\u2019agriculture et de la paysannerie. C\u2019est l\u2019objectif de l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait la vision de l\u2019\u00e9poque. Amener les feux de la science dans le domaine qui est un domaine cl\u00e9 sans lequel, on ne s\u2019en sortira pas. Ensuite, j\u2019ai adh\u00e9r\u00e9 fortement au projet Sekoutour\u00e9en du Centre d\u2019Enseignement Rural (CER), c\u2019est-\u00e0-dire de construire une \u00e9cole qui soit adapt\u00e9e au d\u00e9veloppement rural. L\u2019\u00e9cole de T\u00e9liwel de Youkounkoun, de Panziazou ne peut pas \u00eatre la m\u00eame \u00e9cole que l\u2019\u00e9cole de Dixinn, l\u2019\u00e9cole de Ratoma, l\u2019\u00e9cole de Kaloum. Donc, cr\u00e9er une \u00e9cole qui non seulement s\u2019approprie du monde rural mais contribue et participe au d\u00e9veloppement de son milieu rural. C\u2019\u00e9tait cela le projet. En 1984, je suis revenu des Seychelles (o\u00f9 j\u2019\u00e9tais en mission de coop\u00e9ration) avec un projet d\u2019un CER am\u00e9lior\u00e9, un centre de formation en milieu rural. J\u2019ai rencontr\u00e9 le pr\u00e9sident S\u00e9kou Tour\u00e9 qui m\u2019a fait exposer ce projet devant le bureau politique r\u00e9uni. Ils ont tous dit tr\u00e8s bien, voil\u00e0 un projet qui va contribuer au d\u00e9veloppement du monde rural guin\u00e9en. Je l\u2019ai rencontr\u00e9, et deux semaines apr\u00e8s, il (S\u00e9kou Tour\u00e9) d\u00e9c\u00e8de. Et une semaine apr\u00e8s, les militaires prennent le pouvoir, les gens sortent dans la rue et disent \u00e0 bas coco lala (langue nationale). Les militaires enfourchent cette expression spontan\u00e9e qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec une \u00e9valuation et liquident tout le syst\u00e8me qui \u00e9tait en place. Et on prend comme mod\u00e8le Dakar. Et \u00e9videmment, mon projet disparait dans la bourrasque J\u2019ai navigu\u00e9 \u00e0 gauche et \u00e0 droite mais l\u2019id\u00e9e est rest\u00e9e l\u00e0, et donc, avant que je ne sois ministre, ma femme et moi, on a cherch\u00e9 un domaine pour concr\u00e9tiser ce projet qu\u2019on partageait. D\u2019ailleurs, le domaine que l\u2019on a obtenu, c\u2019est son grand p\u00e8re qui le lui a donn\u00e9 lorsqu\u2019il a entendu dire que nous cherchons un domaine pour faire de l\u2019agriculture. On a commenc\u00e9 \u00e0 construire la maison d\u2019habitation et petit \u00e0 petit \u00e0 am\u00e9nager le domaine. Donc, ministre a \u00e9t\u00e9 un interm\u00e8de qui m\u2019a donn\u00e9 aussi des ressources me permettant d\u2019avancer un peu plus. Et quand je n\u2019ai plus \u00e9t\u00e9 ministre, je suis revenu l\u00e0 o\u00f9 j\u2019\u00e9tais. Aujourd\u2019hui, on a construit dans le domaine un centre de formation et de technologies appropri\u00e9es, un grand hangar rectangulaire, en banco et avec des t\u00f4les achet\u00e9es d\u2019occasion, mais un b\u00e2timent tr\u00e8s solide, tr\u00e8s bien fait et o\u00f9 je fais venir des enseignants, pour leur apprendre des p\u00e9dagogies qui leur permettent d\u2019am\u00e9liorer leurs fa\u00e7ons d\u2019enseigner dans leurs \u00e9coles. Je suis toujours dans la m\u00eame logique, c\u2019est-\u00e0-dire, l\u2019\u00e9cole doit \u00eatre am\u00e9lior\u00e9e mais, ce n\u2019est pas en coupant l\u2019\u00e9cole de son milieu, c\u2019est en incrustant l\u2019\u00e9cole dans son milieu, du point de vue de la langue, des savoirs locaux, des savoirs des populations, des traditions des populations et de l\u2019exp\u00e9rience des \u00e9l\u00e8ves et avec des ressources du milieu y compris des ressources de l\u2019administration. C\u2019est en mettant tout \u00e7a ensemble qu\u2019on va b\u00e2tir une \u00e9cole de qualit\u00e9 avec des enfants qui sont des chercheurs d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de quatre (04) ans !<\/p>\n<p><strong>De l\u2019agriculture \u00e0 la politique, il n\u2019y a qu\u2019un pas. Vous avez \u00e9t\u00e9 aussi un politique engag\u00e9. Comment jugez-vous le retour des militaires au pouvoir en Afrique de l\u2019ouest et notamment en Guin\u00e9e ?<\/strong><\/p>\n<figure class=\"wp-block-pullquote\">\n<blockquote>\n<p>Les militaires interviennent pour affronter les d\u00e9rives n\u00e9es de l\u2019ultra lib\u00e9ralisme \u00e9conomique et de la d\u00e9mocratie ultra lib\u00e9rale. \u00c7a ne veut pas dire qu\u2019ils ont raison. \u00c7a veut dire simplement que ce sont, en derni\u00e8re instance, les crises et les probl\u00e8mes n\u00e9s de l\u2019ultra lib\u00e9ralisme qui font le lit sur lequel les militaires ont construit leur argumentaire id\u00e9ologique.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/figure>\n<p><strong>BTD<\/strong> : D\u2019abord, je ne suis pas un politique. J\u2019ai peur de la politique, je n\u2019aime pas la politique. Mais, la politique fait partie de l\u2019organisation des soci\u00e9t\u00e9s. Et donc, je l\u2019accepte. Je suis un id\u00e9ologue par contre. Autrement dit, j\u2019ai des choix philosophiques, moraux, th\u00e9oriques, intellectuels, culturels, qui renvoient \u00e0 la politique. C\u2019est dans ce sens que je me consid\u00e8re, si on peut l\u2019\u00e9largir ainsi, comme un politique. Et pour \u00eatre plus pr\u00e9cis, je suis pour les politiques qui transforment positivement les soci\u00e9t\u00e9s. Pour les sciences qui transforment, qui font \u00e9voluer les soci\u00e9t\u00e9s. Pour les sciences qui nous sortent du sous-d\u00e9veloppement, pour les sciences et les th\u00e9ories qui consolident nos nations, pour les sciences et les th\u00e9ories qui promeuvent le panafricanisme, des sciences , des th\u00e9ories, des positions qui nous sortent de la d\u00e9pendance, qui nous aident, nous \u00e9clairent dans nos luttes pour l\u2019\u00e9mancipation. Dans ce cadre l\u00e0, j\u2019ai rencontr\u00e9 et je me suis immerg\u00e9 et je me suis appropri\u00e9 de l\u2019id\u00e9ologie et de la politique, de la philosophie et des sciences mises en place par le PDG durant la r\u00e9volution. \u00c7a ne veut pas dire que je n\u2019ai pas de regard critique vis-\u00e0-vis du processus r\u00e9volutionnaire. Mais, je sais que la r\u00e9volution guin\u00e9enne a suivi les m\u00eames \u00e9volutions, les m\u00eames dynamiques que les autres r\u00e9volutions de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Donc, je n\u2019ai pas de probl\u00e8mes avec \u00e7a. Mais quand le processus r\u00e9volutionnaire a \u00e9t\u00e9 brutalement interrompu par l\u2019arriv\u00e9e des militaires au pouvoir, ce n\u2019est pas une nouveaut\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui. Je suis toujours, en tant qu\u2019intellectuel id\u00e9ologue du PDG, confront\u00e9 \u00e0 des ajustements que je dois faire parce que la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est plus la m\u00eame. Je me suis ajust\u00e9 tant bien que mal durant la 2eme R\u00e9publique, mais j\u2019ai pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 dans ma vision et dans mes positions politiques th\u00e9oriques et philosophiques. J\u2019ai \u00e9crit des bouquins, j\u2019ai intervenu dans des conf\u00e9rences, dans diff\u00e9rents milieux, pour dire que nous ne devons pas mettre de c\u00f4t\u00e9 le capital th\u00e9orique, intellectuel, id\u00e9ologique, organisationnel, technique, sociologique, h\u00e9rit\u00e9 du PDG. On doit le critiquer mais, on doit le capitaliser parce qu\u2019il fait partie de notre histoire. Les jeter \u00e0 l\u2019eau comme on a jet\u00e9 \u00e0 bas coco lala, on a jet\u00e9 les FAPA, les facult\u00e9s agronomiques etc\u2026 en nous mettant sous la domination et la d\u00e9pendance du capital financier international et des grandes puissances, en r\u00e9p\u00e9tant comme des perroquets des concepts id\u00e9ologiques dont nous ne mesurons pas les cons\u00e9quences, bien qu\u2019on en subisse, tous les jours, les effets. Ce que les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui appellent mondialisation, nous, c\u2019est ce qu\u2019on appelait la domination du capital financier \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. Et \u00e7a, c\u2019est beaucoup plus pr\u00e9cis et c\u2019est renforc\u00e9 par la puissance des technologies de l\u2019information et de la communication. C\u2019est \u00e7a la r\u00e9alit\u00e9. Aujourd\u2019hui on d\u00e9clare rejeter la d\u00e9mocratie populaire. On veut la d\u00e9mocratie, mais on ne la qualifie pas. Elle n\u2019est pas populaire mais elle est quoi ? Ah, la d\u00e9mocratie, c\u2019est la d\u00e9mocratie. Moi, je sais que c\u2019est la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, il faut le dire. On veut la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale. Et la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale avec sa base \u00e9conomique qui est le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique. Et le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique a aujourd\u2019hui une forme avanc\u00e9e qui est l\u2019ultra lib\u00e9ralisme. On est en plein dans un ultra- lib\u00e9ralisme d\u00e9pendant des grandes puissances financi\u00e8res . L\u2019ultra lib\u00e9ralisme d\u00e9pendant, entre autres probl\u00e8mes, freine le d\u00e9veloppement endog\u00e8ne, renforce la d\u00e9pendance et cr\u00e9e une id\u00e9ologie o\u00f9 tu te crois libre alors que tu n\u2019es pas libre. Et accentue les in\u00e9galit\u00e9s, accentue et aggrave les in\u00e9galit\u00e9s aussi bien \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale qu\u2019au sein des nations. On \u00e9tait tr\u00e8s pauvre durant la r\u00e9volution. Les indicateurs le montrent, mais, on \u00e9tait tous plus ou moins \u00e9galement pauvres ! Et s\u2019il fallait s\u2019en sortir, on devait s\u2019en sortir ensemble. Aujourd\u2019hui, les in\u00e9galit\u00e9s pas seulement en Guin\u00e9e mais, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de chacun des \u00c9tats, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale ont atteint un degr\u00e9 tel que les nations et les peuples se r\u00e9voltent. Ils se r\u00e9voltent de fa\u00e7on parfois spontan\u00e9e. Ils se r\u00e9voltent parfois de fa\u00e7on organis\u00e9e. Des positions extr\u00eames surgissent et se consolident sur la base de cela. Que ce soit sous la forme d\u2019extr\u00eame droite, sous la forme du fondamentalisme politico-religieux, sous la forme du conservatisme pass\u00e9iste, ou sous la forme de gauches radicales.. Et c\u2019est dans ce contexte que les militaires interviennent dans nos pays. Les militaires interviennent pour affronter les d\u00e9rives n\u00e9es de l\u2019ultra lib\u00e9ralisme \u00e9conomique et de la d\u00e9mocratie ultra lib\u00e9rale. \u00c7a ne veut pas dire qu\u2019ils ont raison. \u00c7a veut dire simplement que ce sont, en derni\u00e8re instance, les crises et les probl\u00e8mes n\u00e9s de l\u2019ultra lib\u00e9ralisme qui font le lit sur lequel les militaires ont construit leur argumentaire id\u00e9ologique. Et certainement, dans notre soci\u00e9t\u00e9, il y a des forces politiques qui veulent vraiment r\u00e9soudre les probl\u00e8mes et il y a probablement des forces politiques qui veulent enfourcher et continuer sur la voie facile et nocive de l\u2019ultra lib\u00e9ralisme d\u00e9pendant. <\/p>\n<figure class=\"wp-block-pullquote\">\n<blockquote>\n<p>Si la nation guin\u00e9enne ne se retrouve pas, si elle ne s\u2019organise pas en tant que nation, si elle ne clarifie pas ce qu\u2019elle veut en tant que nation et si les jeunes ne clarifient pas leurs objectifs pour savoir exactement ce qu\u2019ils veulent, quel type d\u2019\u00c9tat ils veulent, quel type de nation ils veulent, quel type d\u2019\u00e9coles ils veulent, quel type de syst\u00e8me \u00e9conomique ils veulent, on fera des \u00e9lections, et il y aura des morts, et on ira sur la table de n\u00e9gociation, n\u00e9gocier, apr\u00e8s on refera des \u00e9lections, il y aura encore des morts.<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/figure>\n<p>Ainsi, tu comprends que mon probl\u00e8me n\u2019est pas dans une distinction que je trouve peu pertinente entre civil et militaire. Sankara, que les jeunes prennent comme mod\u00e8le, \u00e9tait un militaire. Tout comme Rawlings. Le probl\u00e8me est donc plus profond. Ma position politique est : est-ce qu\u2019on veut att\u00e9nuer, je sais que pour le moment, c\u2019est impossible \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire mais, est-ce qu\u2019on peut att\u00e9nuer les effets de l\u2019ultra lib\u00e9ralisme, de la d\u00e9pendance ultra lib\u00e9rale, du d\u00e9pe\u00e7age que le capital financier op\u00e8re sur nos nations, sur nos Etats, sur le panafricanisme ? On assiste sous l\u2019effet de ces forces l\u00e0, au d\u00e9pe\u00e7age du continent africain, au d\u00e9pe\u00e7age des jeunes nations africaines, \u00e0 la d\u00e9stabilisation de nos Etats fragilis\u00e9s par la d\u00e9pendance. On trouve toujours un \u00e9l\u00e9ment sur lequel diviser les nations : l\u2019ethnie, la religion, les territoires, les coutumes, les langues. D\u00e8s qu\u2019une nation africaine commence \u00e0 \u00e9merger et \u00e0 aller vers une \u00e9mancipation plus forte, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, on commence \u00e0 dire, c\u2019est le nord contre le sud, c\u2019est l\u2019ouest contre l\u2019est, c\u2019est telle ethnie contre telle ethnie etc. Tout \u00e7a sous couvert de d\u00e9mocratie et, de libert\u00e9s ultra lib\u00e9rales, mais contr\u00f4l\u00e9s par les puissances dominantes. Et on va droit dans le mur. Et on se trucide, on fait des guerres civiles, on fait les guerres ethniques, on fait les r\u00e9bellions, on fait du terrorisme. Et on reste sous la d\u00e9pendance, sous l\u2019exploitation, sous la domination. Alors, moi, ce sont les fondamentaux de mes choix. Je n\u2019ai pas \u00e0 choisir entre civil et militaire. Je ne pense pas que le vrai probl\u00e8me soit l\u00e0. Je souhaiterai seulement avoir des forces progressistes, porteuses de progr\u00e8s, de plus d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de plus de justice sociale au pouvoir. On veut la d\u00e9mocratie : mais la d\u00e9mocratie c\u2019est concr\u00e8tement, institutionnellement, c\u2019est comment ? comme le Japon, l\u2019Allemagne, les \u00c9tats-Unis, la France, le Maroc, l\u2019Afrique du sud, tout \u00e7a, c\u2019est d\u00e9mocratique non ? Et pourtant, ce ne sont pas les m\u00eames types d\u2019Etat, du point de vue des institutions? Alors, institutionnellement, on veut quoi ? Si la nation guin\u00e9enne ne se retrouve pas, si elle ne s\u2019organise pas en tant que nation, si elle ne clarifie pas ce qu\u2019elle veut en tant que nation et si les jeunes ne clarifient pas leurs objectifs pour savoir exactement ce qu\u2019ils veulent, quel type d\u2019\u00c9tat ils veulent, quel type de nation ils veulent, quel type d\u2019\u00e9coles ils veulent, quel type de syst\u00e8me \u00e9conomique ils veulent, on fera des \u00e9lections, et il y aura des morts, et on ira sur la table de n\u00e9gociation, n\u00e9gocier, apr\u00e8s on refera des \u00e9lections, il y aura encore des morts. Avec ce qu\u2019on dit \u00eatre la d\u00e9mocratie !<\/p>\n<p><em>[La 3\u00e8 et derni\u00e8re partie \u00e0 venir]<\/em><\/p>\n<p><strong>R\u00e9alis\u00e9e par Sadjo Bah<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019article <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/mediaguinee.org\/interview-bailo-teliwel-diallo-ancien-ministre-on-navancera-jamais-si-on-ecarte-systematiquement-nos-langues-nationales-du-systeme-educatif\/\">INTERVIEW. Ba\u00eflo Teliwel Diallo, ancien ministre : \u00ab\u00a0on n\u2019avancera jamais,\u2026 si on \u00e9carte syst\u00e9matiquement nos langues nationales du syst\u00e8me \u00e9ducatif\u00a0\u00bb<\/a> est apparu en premier sur <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/mediaguinee.org\/\">Mediaguinee.org<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bailo Teliwel Diallo est ancien ministre de l\u2019Enseignement sup\u00e9rieur et de la Recherche scientifique. Dans une interview -\u00e0 b\u00e2tons rompus- qu\u2019il a bien voulu accorder \u00e0 Mediaguinee, ce grand amoureux de la terre a fait le diagnostic sans complaisance de l\u2019\u00e9ducation nationale, situ\u00e9 les responsabilit\u00e9s et propos\u00e9 des pistes de solution. M. Diallo a \u00e9galement &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[23],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lr.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/30964"}],"collection":[{"href":"https:\/\/lr.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lr.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lr.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lr.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=30964"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lr.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/30964\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lr.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=30964"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lr.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=30964"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lr.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=30964"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}